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Mythes & Mythologie : Alexandre le Grand et Bucéphale

Mythes & Mythologie : Alexandre le Grand et Bucéphale

Alexander the Great overlooking the Mount Olympus

Photo : "Thessaloniki: Alexander the Great overlooking the Mount Olympus " par Panoramio


Pour cette nouvelle série d’articles consacrée aux mythes et à la mythologie, nous allons commencer par un récit qui a des fondements tout à fait réels, voire historiques, même s’il est probable qu’une part de légende fut venue s’y greffer.


Voici donc l’histoire d’un duo unique et légendaire : Alexandre le Grand et son cheval Bucéphale.



Alexandre & Bucéphale

Illustration : "Alexander and Bucephalus", Johan Carl Loth, XVIIème siècle

Notre histoire commence (plus ou moins) en l’an 341 avant J.C. à la cour de Philippe II de Macédoine.

Son fils, Alexandre de Macédoine, a dix ans et n’est pas encore devenu celui qu’on sait. Il s’apprête pourtant à réaliser, cette année-là, sa toute première conquête.

I - LA CONQUÊTE

 

“Il était plein de feu, haut de taille, poil noir; remarquable selon les uns par une tête où il y avait quelque chose de celle du boeuf, ou plutôt, selon les autres, par une tache blanche au front, soit naturelle, soit artificielle, et qui affectait cette forme : de là lui vient son nom*.”
(Arrien, “Anabase”, Livre V, Chapitre V)
*du grec βοῦς, bœuf, et κεφαλή, tête. Soit “tête de boeuf”.


Alexander at the sack of Thebes

"Alexander at the sack of Thebes", détail, par Charles R. Stanton (1915)


C’est donc au cours de la période qui nous occupe qu’un marchand Thessalien, Philonicos, présenta au roi Philippe un cheval répondant au nom de Bucéphale et qu’il souhaitait vendre 13 talents. Un prix considérable pour un cheval.

 

“On descendit dans la plaine pour l'essayer; mais on le trouva difficile, farouche et impossible à manier: il ne souffrait pas que personne le montât (...). Philippe, mécontent et croyant qu'un cheval si sauvage ne pourrait jamais être dompté, ordonna qu'on l'emmenât. Alexandre, qui était présent, ne put s'empêcher de dire : «Quel cheval ils perdent là par leur inexpérience et leur timidité. »”
(Plutarque, “Vie d’Alexandre”)

Giambattista Tiepolo, Alexandre et Bucéphale, huile sur toile, 58 x 34,7 cm, Paris, musée du Petit Palais.

Illustration : Giambattista Tiepolo, Alexandre et Bucéphale, huile sur toile, 58 x 34,7 cm, Paris, musée du Petit Palais.



Devant tant d’arrogance, son père s’insurgea. Alexandre lui fit alors une proposition : s’il arrivait à dompter le cheval, son père en paierait le prix. Dans le cas contraire, c’est Alexandre qui devrait payer de sa poche.

Le jeune Alexandre était bon cavalier. Une qualité essentielle en Macédoine où la tradition équestre était importante. Un futur roi se devait donc d’exceller en la matière.


Mais il faisait également preuve d’astuce.


En effet, ayant longuement observé le cheval, le futur conquérant s’était rendu compte d’une chose : Bucéphale s’effrayait des mouvements de son ombre sur le sol. Il l’aborda donc en douceur, le flatta, et le fit lentement tourner sur lui-même afin de faire face au soleil, avant de se mettre en selle.


 

“D'abord il lui tint la bride serrée, sans le frapper ni le harceler; mais quand il vit que sa férocité était diminuée et qu'il ne demandait plus qu'à courir, il baisse la main, lui parle d'une voix plus rude, et, lui appuyant les talons, il le pousse à toute bride. Philippe et toute sa cour, saisis d'une frayeur mortelle, gardaient un profond silence; mais, quand on le vit tourner bride et ramener le cheval avec autant de joie que d'assurance, tous les spectateurs le couvrirent de leurs applaudissements. Philippe en versa des larmes de joie, et, lorsque Alexandre fut descendu de cheval, il le serra étroitement dans ses bras. « Mon fils, lui dit-il, cherche ailleurs un royaume qui soit digne de toi; la Macédoine ne peut te suffire. »”
(Plutarque, “Vie d’Alexandre”)

Ainsi se fit sa première conquête.
Ainsi les mots de son père scellèrent-ils son destin.


Bucéphale fut non seulement symboliquement sa première conquête mais allait également suivre Alexandre tout au long de sa vie. Le roi et le cheval étaient désormais profondément et irrémédiablement liés.



Monnaie, Royaume de Macedoine, Alexandre III, Statère, 317-311 BC, Babylone

Monnaie, Royaume de Macedoine,
Alexandre III, Statère, 317-311 BC, Babylone

II - LA GUERRE À DEUX

Dès lors, Bucéphale devint la monture exclusive d’Alexandre.


Il ne supportait aucun autre cavalier et, de Grèce jusqu’en Inde, Alexandre ne monta que lui lors des batailles et des assauts.


Alexander_and_Bucephalus_drawn_by_Victor_Adam

Illustration : "Alexander and Bucephalus", dessin de Victor Adam



Lorsque Bucéphale se fit plus vieux, Alexandre commença toutefois à le ménager et il arriva qu’il le remplace, notamment lors de la bataille de Gaugamèles.


Cette relation unique manqua d’ailleurs s’achever brutalement juste après celle-ci.


Alexandre poursuivait alors Darius qui était en fuite.


 

“Ce fut là que quelques Barbares ayant rencontré ceux qui conduisaient son cheval Bucéphale, le leur enlevèrent. Cette perte l'affecta vivement; il envoya sur-le-champ un héraut à ces Barbares et les fit menacer, s'ils ne lui renvoyaient pas son cheval, de les passer tous au fil de l'épée, avec leurs femmes et leurs enfants. Les Barbares, en le lui ramenant, lui livrèrent toutes leurs villes.”
(Plutarque, “Vie d’Alexandre”)

Dans la revue Circé du 25 Octobre 2015, Emilie Glanowski, dans son article “Bucéphale, compagnon d’exception d’Alexandre : la construction d’un mythe”, souligne qu’au-delà du prétexte politique lui permettant d’asservir les peuples barbares, la réaction d’Alexandre le Grand semble disproportionnée vis à vis d’un “simple” vol de cheval et souligne là le grand attachement qu’il porte à son compagnon.



Alexander Directing a Battle, from The Deeds of Alexander the Great

Illustration : "Alexander Directing a Battle, from The Deeds of Alexander the Great" par Antonio Tempesta (1608)

III - LES ADIEUX AU GUERRIER

La vie de Bucéphale s’arrêta tragiquement en 326 avant J.C.





C’est le mois de Juillet, et nous sommes sur le champ de la bataille de l’Hydaspe (territoire actuel du Pakistan), opposant Alexandre à Pôros, râja indien.

Pour la première fois, l’armée macédonienne, si elle en avait déjà rencontré, est confrontée à une charge réelle et violente de 200 éléphants de combat qui déciment l’infanterie.


Au prix de lourdes pertes, Alexandre finit toutefois par emporter la victoire.


Malheureusement, Bucéphale, lourdement blessé, y laissa la vie peu après.

 

“Bucéphale y mourut moins de ses blessures que de fatigue et de vieillesse. En effet, il avait alors trente ans ; il avait partagé les travaux, les périls d'Alexandre, et l'avait sauvé de plusieurs.“
(Arrien, “Anabase”, Livre V, Chapitre V)


Burial of Alexander favourite horse

Illustration : "Burial of Alexander favourite horse" extraite de "History of India" (c1906-07)


Alexandre le Grand lui rendit hommage en bâtissant une ville sur les bords de l’Hydaspe (aujourd'hui, la rivière Jhelum), là où il avait franchi le fleuve et là où fut enterré son fidèle cheval.

La ville fut baptisée Bucéphala.


Ainsi s’achevait, vingt ans après leur première et tumultueuse rencontre, l’histoire de ce duo légendaire uni tant dans les batailles que dans la vie.


Peu de temps après, Alexandre le Grand rentrait à Babylone et y mourait, à peine deux ans plus tard, dans des circonstances troubles.


 

COLLECTIONNER LES MONNAIES D’ALEXANDRE LE GRAND



SOURCES

Rédigé par Alice Girard - 24.08.18 - 10h34.
Mots Clés : Antique Histoire Mythologie
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