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Le Napoléon et autres histoires Bonapartistes

Le Napoléon et autres histoires Bonapartistes

Napoléon Ingres

Illustration : "Portrait de Napoléon Bonaparte en premier consul" (détail) par Jean Auguste Dominique Ingres

S’il est une monnaie emblématique du franc en France, c’est bel et bien le franc Germinal.

Créé sous le Consulat, à l’occasion de la loi du 7 Germinal de l’an XI (27 Mars 1803), le franc vaut alors 5 grammes d’argent, avec 1 kilo d’or valant 15.5 kilos d’argent.

Le napoléon est alors une monnaie or d’un valeur faciale de 20 francs, il prend la relève du louis d’or, né sous le règne de Louis XIII, et aura cours jusqu’en… 1914. Plus trivialement, on le surnomme le “nap” ou encore le “jaunet”. Sauf sous la Restauration où il est de bon ton de revenir au bon vieux louis, comme de bien entendu.

Durant son siècle (et des poussières d’or) d’existence, des centaines de millions de napoléons ont été frappés. Certains sont très rares, d’autres le sont beaucoup moins. Nous allons explorer ici les monnaies émises de 1803 à la chute de Napoléon Bonaparte.

Mais commençons donc par le commencement : celui qui est à l'origine de cette illustre monnaie.

CONTEXTE HISTORIQUE

 

1769 - 1792 : Naissance à Ajaccio le 15 août 1769, jeunesse, et premières armes

 

Pont Arcole

1795 - 1799

Général d'armée

Illustration: "Napoléon Bonaparte sur le pont d'Arcole" par Antoine-Jean Gros (1796)
Napoléon Consul

1799 - 1804

Premier Consul

Illustration: "Ritratto di Napoleone I Bonaparte, Primo Console" - Auteur inconnu (vers 1799-1804)
Sacre de Napoléon par David (détail)

1804 - 1814

Empereur

Illustration: "Le sacre de Napoléon" (détail) par Jacques-Louis David (1806-1807)

 

1814 - 1815 : Exil à l'île d'Elbe

1815 - 1815 : Les 100 Jours

1815 - 1821 : Exil à l'île de Saint-Hélène où il mourra le 5 mai 1821 à l'âge de 51 ans.

 

Politique monétaire

Comme vous le savez probablement, Napoléon est homme d’action et les grandes réformes monétaires sont aussi concernées. La Révolution a légué au pays des guerres dont il s’occupe fort activement, mais également des dettes.

Avec l’énergie débordante qui lui est coutumière, le voici donc à pied d’oeuvre avec notamment trois grandes réformes fondatrices.

 

Banque de France

La Banque de France

 

La première mesure de relance économique suite au naufrage des assignats (lire), péniblement épongé par le Directoire, est la création de la Banque de France. Il est alors tout juste Premier Consul et nous sommes le 18 janvier 1800 (28 Nivôse de l’an VIII).

Alors que sous le Directoire la crise économique s’apaise peu à peu, le manque de numéraire commence à se faire sentir. Dans le même temps, est créée la Caisse des Comptes Courants. Une banque de dépôt fondée par Jean-Frédéric Perregaux.

 

C’est ce dernier qui demandera au Premier Consul l’autorisation d’imprimer des billets de banque afin de pouvoir augmenter l’épargne et augmenter la monnaie en circulation.

En conséquence de quoi Napoléon créé par décret la Banque de France le 13 Février 1800. Celle-ci absorbe dans la foulée la Caisse des Comptes Courants.

 

Les tous premiers billets seront imprimés à l’encre noire sur papier blanc filigrané avec une face unique.

Le pays ayant été fortement échaudé par le naufrage des assignats, l’émission de nouveaux billets est dans un premier temps limitée et sous condition : tout porteur de billet peut l’échanger contre une quantité de métal précieux de valeur équivalente.

Par exemple, à l’époque, on pouvait ainsi échanger un billet de 500 francs contre un sac de pièces en argent de 2,5 Kg.

Afin de sécuriser les demandes de remboursement, la Banque de France est dotée, à sa création, de 30 millions de francs. Capital constitué par Perregaux et de riches bourgeois. Symboliquement, le Premier Consul place lui-même des fonds.

La Banque de France est désormais la banque centrale, permettant aux banques commerciales de demander des fonds pour financer leurs prêts. En facilitant les emprunts, la Banque de France encourage ainsi le développement du commerce et de l’industrie.

Même si les premières années sont difficiles, grâce à ce nouveau système, la confiance dans le billet de banque revient peu à peu et sa circulation augmente.

 

Cour des Comptes


La Cour des Comptes

 

C’est plus tardivement, en 1807, que Napoléon, devenu empereur, crée la Cour des Comptes. Sur le modèle des Chambre des Comptes de l’ancien régime, celle-ci contrôle les finances publiques de manière centralisée.

Dans un premier temps cantonnée à l’exécutif, elle élargit ensuite son champ d’action aux irrégularités éventuelles et valide la bonne exécution des lois de finances.

Si à l’époque de Napoléon les rapports annuels étaient à seule destination de l’empereur, ses publications deviennent accessibles au public et transmises au parlement dès 1832.

 Photo : "La Cour des Comptes" par Bruno Braquehais (1870)

 

Le franc Germinal

 

Napoleon Bonaparte, Premier Consul

Depuis 1795, le franc est établi avec un système décimal. 1 franc peut être divisé en 10 décimes, eux-mêmes divisibles en 10 centimes.

Malgré tout, entre 1795 et 1802, la circulation de monnaie est extrêmement complexe pour ne pas dire chaotique : on trouve des louis d’or, des écus, des francs de tous métaux…

Napoléon s’engage alors dans une profonde réforme monétaire et une refonte (c’est le cas de le dire) complète du système.

De la loi fondatrice dite de “Germinal”, 7-17 Germinal an XI  (28 mars-7 avril 1803), naît donc le franc … Germinal.

Ci-contre : "Napoleon Bonaparte, Premier Consul" par Anne Louis Girodet de Roucy-Trioson

 

22 articles en édictent les principes de base, ainsi qu’une disposition générale :

“Cinq grammes d’argent, au titre de neuf dixième de fin, constituent l’unité monétaire qui conserve le nom de franc”

Le métal argent devient donc a priori l’étalon principal et la valeur faciale coïncide avec la composition métallique. Le législateur ne fixe plus la valeur de la monnaie.

NB : il y a débat entre les historiens, certains considérant que le système monétaire fonctionne alors sur le principe du bimétallisme (deux métaux étalons), d’autres que l’argent reste le seul étalon.

 

On frappe pour près de 900 millions de pièces de 5, 2 et 1 franc en argent. Et afin d’éradiquer définitivement les Louis d’or en circulation, on opte pour la concurrence et on frappe 2 monnaies d’or de 20 et 40 francs. Ce sont les fameux Napoléon.

 

1 Franc, 1803

2 Francs, 1803

5 Francs, 1803

 

Reste à fixer ensuite les principes de la démonétisation des anciennes monnaies encore en circulation :

“La loi du 14 Germinal an XI porte qu’à compter du jour de sa publication, les pièces d’or de 24 et de 48 livres tournois, rognées ou altérées, ne seront admises dans les paiements qu’au poids

II - Il en sera de même des pièces de 6 livres tournois rognées

III - Les pièces dénommées dans les articles précédents seront portées aux hôtels des monnaies pour être refondues : elles y seront échangées contre des pièces neuves, sans aucune retenue de frais de fabrication.”

Extrait du “Dictionnaire universel de commerce, banque, manufactures, douanes, pêche, navigation marchande, des lois et administration du commerce” paru en 1805.

Le 24 Germinal, en complément, une loi concernant la Banque de France est publiée et formule le principe d’exclusivité d’impression des billets par celle-ci. Valeur faciale minimale : 500 francs.

Epaulé par le travail de la Banque de France pour restaurer la confiance dans le papier monnaie, le franc Germinal sera un ... franc succès et perdurera jusqu’en 1914.

L’économie se stabilise peu à peu, l’inflation est jugulée, la monnaie forte et la confiance sont restaurées. Un an après le décret, pour la première fois depuis 1738, le budget de l’état est à l’équilibre.

Si dans un premier temps les effets ne sont pas immédiats, mesurée à l’aune de l’histoire et de sa longévité, la réforme monétaire de Napoléon reste un exemple et un succès que seule la Première Guerre Mondiale viendra ébranler plus d’un siècle après.

 

Le Napoléon

Napoléon Empereur

A sa naissance, le Napoléon est encore appelé Louis d’or, par habitude. Il retrouvera son nom de Louis à la Restauration et son nom de “Napoléon” ou “Nap”, probablement au cours du second empire.

Puis, par extension, toutes les monnaies de 20 francs jusqu’en 1914 garderont ce nom. En un siècle, on en frappe plus de 500 millions.

Les dernières émissions or le précédant sont le louis conventionnel de 24 livres émis en 1792 et 1793, représentant Louis XVI. Puis sans l’effigie de Louis XVI, en 1793 également.

Suite au décret instituant le franc Germinal, deux monnaies or sont donc émises pour le remplacer : une monnaie de 20 francs (le napoléon) et une monnaie de 40 francs (le double napoléon).

Ci-contre : "Napoléon Ier sur le trône impérial" par Jean Auguste Dominique Ingres (1806)

 

Ces monnaies sont constituées de 9/10ème d’or et d’1/10ème de cuivre.

Selon la loi, 157 pièces de 20 francs devront peser un kilogramme. De même,  77,5 pièces de 40 francs devront peser un kilogramme.

Chacune a donc un poids de 6.4516 grammes pour un diamètre 21 millimètres.

Le choix de l’introduction de l’alliage est un choix pratique : il permet de réduire l’usure par frottement et donc d’atténuer une perte de poids potentielle de la monnaie.

 

Séries du Premier Empire

Les tous premiers exemplaires frappés sont, bien entendu, à l’effigie du premier Consul Napoléon Bonaparte, de profil.

 

On abandonne ainsi toute la symbolique révolutionnaire telle que le bonnet phrygien.

Le portrait est signé de Pierre-Joseph Tiolier, fraîchement nommé graveur général par Napoléon.

L’année suivante, on opte, actualité oblige, pour l’effigie du consul... devenu empereur. A partir de 1806, ce sera Jean-Pierre Droz, choisi sur concours, qui signera la gravure.

Les exemplaires les plus rares sont ceux de l’an XI, l’an XIII et l’an XIV.
 

On note également l’habile glissement de “Consul” à “Empereur” sur l’avers, puis, dans un second temps, de “République Française” à “Empire Français” sur le revers…

Le type “Tête laurée”, représentant l’empereur avec une couronne de lauriers sur la tête marque de manière nette l’expression du pouvoir dans toute sa grandeur dès 1809.

Toutefois, les armoiries de l’empereur ne figurent pas sur le revers.

On distingue 7 types de Napoléon émis sous Napoléon Bonaparte.

Voici une liste exhaustive afin que vous puissiez les identifier et les repérer facilement.

 

 

Type Bonaparte Premier Consul

 

Années : An XI (1803) et An XII (1804)

Tirage : 1 046 506 exemplaires


Sur l’avers on lit “Bonaparte Premier Consul”. Sur le revers : “République Française, 20 Francs, An XI” et la lettre de l’atelier A (Paris). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Pierre-Joseph Tiolier dont on distingue la signature sur l’avers.

 

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Type Napoléon 1er non laurée

 

Années : An XII (1804)

Tirage : 428 143 exemplaires


Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”.  Sur le revers : “République Française, 20 Francs, An 12 et la lettre de l’atelier A (Paris). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Pierre-Joseph Tiolier dont on distingue la signature sur l’avers.

 

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Type Napoléon 1er tête nue

 

Années : An XIII (1805) et An XIV (1806)

Tirage : plus au moins 676 000 exemplaires (les sources divergent)


Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”.  Sur le revers : “République Française, 20 Francs, An 14 et la lettre de l’atelier, ici l’atelier A (Paris). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Jean-Pierre Droz dont on distingue la signature sur l’avers.

 

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Type Napoléon 1er tête nue de 1806 et 1807

 

Années : 1806

Tirage : 996 367 exemplaires


Ici, en exemple, un double napoléon de 40 francs frappé à 59 000 exemplaires.

Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”.  Sur le revers : “République Française, 40 Francs, 1806 et la lettre de l’atelier, ici l’atelier U (Turin). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Jean-Pierre Droz avec signature sur l’avers.

 

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Type transitoire “grosse tête”

 

Années : 1807

Tirage : 594 332 exemplaires


Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”.  Sur le revers : “République Française, 20 Francs, 1807 et la lettre de l’atelier, ici l’atelier A (Paris). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Jean-Pierre Droz avec signature sur l’avers.

 

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Type Napoléon 1er tête laurée

 

Années : 1807 et 1808

Tirage : 1 720 451 exemplaires


Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”. Sur le revers : “République Française, 20 Francs, 1808 et la lettre de l’atelier, ici l’atelier M (Toulouse). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est Jean-Pierre Droz avec signature sur l’avers.

 

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Type Napoléon 1er tête laurée “Empire Français”

 

Années : 1809 à 1815

Tirage : 13 833 717 exemplaires


Sur l’avers on lit “Napoléon Empereur”.  Sur le revers : on passe de “République Française” à “Empire Français”. On y lit “20 Francs, 1809 (pour la monnaie présentée) et la lettre de l’atelier, ici l’atelier M (Toulouse). Sur la tranche : « Dieu protège la France ».
Le graveur est toujours Jean-Pierre Droz avec signature sur l’avers.

 

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Ces tous premiers types seront ensuite suivis de nombreux autres jusqu’en 1914.

 

A commencer par une monnaie à l’effigie de Louis XVIII à la Restauration. L’inscription sur tranche revient au latin avec “DOMINE SALVUM FAC REGEM”.

Les armes royales font leur retour sur le revers. Et le graveur Pierre-Joseph Tiolier reprend du service.

La devise “Liberté, égalité, fraternité” ne fera, elle, son apparition qu’en 1908.

Mais ceci est une autre histoire qui survécut à l’exil de Saint-Hélène...

 


SOURCES

http://classes.bnf.fr/franc/nav/droite/dte_ger.htm
https://www.banque-france.fr/la-banque-de-france/patrimoine/les-anciens-billets-en-francs/breve-histoire-des-billets-de-la-banque-de-france
http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/approfondissements/cour-comptes-origine-competences-au-xixe-siecle.html
http://www.sacra-moneta.com/or/Louis-d-or-et-Napoleon.html
https://petrorama.fr/20-francs-or-napoleon-une-piece-en-or/
http://www.lamonnaiebelge.be/blog/innovation-monetaire-napoleon-bonaparte.html
https://www.herodote.net/18_janvier_1800-evenement-18000118.php
https://fr.wikipedia.org/wiki/Napol%C3%A9on_(pi%C3%A8ce_de_monnaie)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Napol%C3%A9on_Ier
https://francearchives.fr/commemo/recueil-2003/38864

En Bref

  • 1799 : Napoléon Bonaparte devient premier Consul
  • 1800 : Création de la Banque de France
  • 1803 : Naissance du franc Germinal
  • 1804 : Napoléon est sacré empereur
  • 1807 : Création de la Cour des Comptes
 Naissance du franc Germinal

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Rédigé par Alice Girard - 12.03.18 - 13h45.
Mots Clés : France Histoire Monnaies Napoleon
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